J’ai vendu des parts de ma société. Le plus dur n’a pas été de fixer le prix.
Le plus dur, c’est ce que j’allais lâcher, et ça, je le mesurais moins bien. C’était une décision difficile. Je l’ai prise pour ma liberté et pour mon temps, en sachant ce que je cherchais à récupérer.
Je l’écris parce que moi, j’y ai pensé pendant des mois sans en parler. Le prix, je l’ai fixé. Ce que je n’avais pas chiffré, c’est ce que je lâchais au quotidien.
Pourquoi je l’ai fait
Pendant des années, ma société a pris tout l’espace. Je travaillais entre 50 et 70 heures par semaine. Quand tu vis comme ça, tu ne te poses pas la question du temps. Tu avances, parce qu’il faut avancer.
Aujourd’hui, je travaille environ 20 heures réelles par semaine. Ce n’est pas arrivé par hasard : c’est exactement ce que je suis allé chercher.
Je me suis associé avec deux personnes. Ce que je cherchais, ce n’était pas de partir. C’était de retrouver du temps, de souffler et de faire ce qui m’anime, au lieu de courir après la prochaine urgence. Je savais ce que je voulais gagner. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis de prendre la décision.
Ce que je ne mesurais pas : décider seul
Pendant des années, j’ai décidé seul. Quand ma société a failli tomber, j’ai revu mes marges, mes outils et ce qui ne fonctionnait pas. J’ai travaillé davantage, sans week-ends. Je pouvais décider et agir sans devoir convaincre quelqu’un d’autre.
Avec le recul, cette liberté-là m’a probablement sauvé. Quand ça va mal, la vitesse compte. Tu vois un problème le lundi, tu le corriges le mardi, et personne ne te demande de justifier pourquoi.
Partager le capital change cette mécanique.
Une décision devient une discussion
Une décision importante devient une discussion. Parfois, c’est une chance : quelqu’un voit ce que tu n’avais pas vu. Parfois, c’est simplement plus lent.
La première vraie dispute à trois, c’était sur un truc minuscule. Un logo. Chacun défendait son bout comme si c’était la société entière.
À trois, on a trouvé un fonctionnement assez simple. Le travail et les tâches sont répartis entre associés : chacun avance sur sa partie sans devoir tout faire valider. Par contre, la stratégie et les opérations importantes, on les débat toujours ensemble. Si tout devient une discussion, plus rien n’avance. Si rien ne l’est, ce n’est pas la peine d’avoir des associés.
La question de la valeur
Il y a aussi une question qui finit par arriver : combien vaut ce que tu as construit ?
C’est une question que beaucoup d’entrepreneurs évitent pendant des années. Tant que la société est à toi seul, tu n’as pas besoin d’y répondre. Le jour où quelqu’un entre, tu es obligé de mettre un chiffre sur ton travail, et de l’argumenter.
Et si tout repose sur toi, une partie de la valeur repose aussi sur ta présence, tes relations et ta capacité à faire avancer les choses.
La mienne, je l’ai sentie le jour où j’ai voulu partir une semaine sans prévenir personne.
Concrètement, la personne qui entre regarde ce qui reste si tu n’es pas là pendant un mois. Les clients restent-ils, ou suivent-ils ta personne ? Les process sont-ils écrits, ou dans ta tête ? Les décisions peuvent-elles être prises sans toi ? Plus la réponse est « non », plus une partie de la valeur, c’est toi. Et ça, ça ne se cède pas facilement.
C’est sans doute la chose la plus utile que cette étape m’a apprise : regarder ma société comme quelqu’un qui ne la connaît pas.
Ce que j’ai lâché, ce que j’ai récupéré
J’ai lâché une part de contrôle. Certaines choses ne se décident plus en une soirée. Il faut accepter qu’une idée que tu trouvais évidente ne le soit pas pour l’autre.
Et j’ai récupéré du temps. Passer de 50 ou 70 heures à une vingtaine, ça change la façon de regarder sa société. Tu as enfin le recul que tu n’avais jamais quand tu avais le nez dedans du matin au soir.
Les questions que je me poserais
Je ne vais pas te dire si ouvrir son capital est une bonne décision. Cela dépend de ce que tu veux construire et de ce que tu es prêt à partager.
Si tu y penses, voici les questions qui m’ont été les plus utiles. Qu’est-ce que je veux récupérer exactement : du temps, de l’argent, de la sécurité, des compétences ? Quelles décisions suis-je prêt à partager, et lesquelles je ne veux pas lâcher ? Que vaut ma société si je m’absente un mois ? Et avec qui ai-je envie de discuter de mes décisions pendant les prochaines années ?
La dernière est sans doute la plus importante. Tu ne partages pas seulement des parts. Tu partages ta façon de décider.
Moi, je cherchais de l’air.
J’ai lâché une part de contrôle.
Et j’ai récupéré du temps.